Un grand voyage vers la nuit

Un grand voyage vers la nuit 2018

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Bi Gan, jeune réalisateur chinois talentueux déjà derrière Kaili Blues, revient pour son 2e film avec une des propositions de cinéma les plus singulières de ces dernières années.

"Un Grand Voyage vers la nuit", présenté à Cannes dans la sélection "Un Certain Regard" nous conte la quête de Luo Hongwu, de retour dans sa ville natale de Kaili 12 après, afin de retrouver son grand amour nommé Wan Qiwen.

Durant toute la 1e heure du film, Bi Gan utilise une narration mêlant présent, passé et souvenirs, sous forme de gigantesque puzzle mental, où la beauté des plans nous illuminent à chaque instant et où les discours par voix-off nous invitent dans un réel sentiment d'effervescence et de questionnements.

Éclatements des unités d'espace et de temps, symbolique de l'eau pour le romantisme, cadres maîtrisés tels des peintures, photographie par 3 chefs opérateurs (Yao Hung-I, Dong Jinsong et David Chizallet), le film lorgne clairement du côté de Tarkovski, Wong Kar-Wai et David Lynch, via notamment son ambiance crépusculaire et planante, alliée à des jeux d'ombre et d'utilisation des décors conférant au long-métrage des airs de poésie mélancolique.

Si le côté cryptique de la 1e heure peut parfois rebuter, en distribuant ses cartes au détriment de l'émotion de cette relation amoureuse qui est la quête principale de Luo, le tout est balayé d'un revers de la main cosmique par la seconde partie du film, où le titre du film apparait, comme pour nous annoncer que tout ce qui a précédé était un prologue géant avant la réelle entrée en matière.

Une 3D intra-diégétique débarque au même moment que le spectateur/Luo met ses lunettes, et le film nous invite dans une plongée onirique, fantasmagorique et hypnotique sans précédant, au moyen d'un plan-séquence hallucinant d'1h (soit jusqu'à la fin du film) d'une virtuosité absolue, mêlant scènes dans une mine, voyage en scooter jusqu'à un village reculé et luminescent au multiples ruelles.

L'image gagne en profondeur et en netteté, à aucun moment la magie est brisée, et ce malgré les multiples rencontres ou séquences improbables, autant de tour de force pré-calculés au millimètre près par souci d'immersion, conférant au tout une maîtrise absolue de l'espace dans un souci d'immersion totale.

De par ce nouveau rythme imposé, l'action y est donc dilatée, interdisant toute coupe et où chaque déambulation filmée confine au génie dans cette errance à l'issue lyrique impériale.

Véritable tour de force, "Un Grand Voyage vers la nuit" mérite bien son titre, qui après une très bonne 1e partie sans issue, se révèle à nous dans une magnifique chrysalide, véritable rêve éveillé autant que révolution de pure mise en scène qui met tout le monde à genoux. Du jamais vu tout simplement.

4.5/5 ou 5/5

mercredi, et en 3D en plus <3

j'ai hâte !!

hâte pour cette révolution cinématographique !

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